L’ulcère gastrique et duodénal

Il s’agit d’une destruction de la muqueuse et de la sous-muqueuse jusqu’à la paroi musculaire de l’estomac, un genre de « trou à l’emporte-pièce ».

L’ulcère survient lorsque les mécanismes de défense de la muqueuse sont dépassés. Certains médicaments, l’excès d’acidité, les microbes, le tabac, le stress viennent parfois à bout de toutes les protections que sont le mucus, véritable barrière mécanique contre l’acide chlorhydrique, le bicarbonate sécrété par les cellules gastriques pour tamponner l’acidité, les prostaglandines protectrices, les cellules épithéliales elles-mêmes qui se renouvellent sans cesse et enfin les outils anti-acides véhiculés par le sang irriguant cette muqueuse.

 

La maladie ulcéreuse

Son principal symptôme est une douleur localisée dans le creux de l’estomac à type de crampe, de brûlure ou de faim douloureuse, quelquefois vers le côté droit ou dans le dos. Cette douleur peut avoir un caractère suraigu, et motiver une hospitalisation d’urgence pour la soulager et pratiquer des examens. Habituellement, elle est rythmée par la prise des repas, calmée lorsque l’on remplit l’estomac car les aliments tamponnent l’acidité, puis elle réapparaît dans un délai d’une à trois heures. La maladie ulcéreuse a souvent une périodicité le long de l’année avec des périodes de rémission. L’examen clinique est souvent non contributif. Il arrive aussi que l’on découvre l’ulcère seulement lorsqu’il se complique de saignement, hémorragie digestive qui peut engager le pronostic vital ou bien d’anémie chronique ferriprive microcytaire. Dans ce cas, le saignement quotidien passe inaperçu, mais la fatigue, la pâleur provoquent la réalisation d’examens complémentaires, prise de sang et endoscopie digestive.

 

Ses causes

Lorsqu’on évoque les causes de la maladie, on accorde depuis vingt ans beaucoup de crédit à un microbe, l’Helicobacter pylori, bacille gram négatif qui résiste à l’acidité gastrique. Il provoquerait une inflammation généralisée de la muqueuse gastrique qui serait le lit de l’apparition de l’ulcère. Cette découverte finalement transforme la maladie en infection accessible à des antibiotiques. L’hypothèse est intéressante, mais en pratique, les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances, avec des récidives douloureuses, des résistances, des patients qui restent porteurs du microbe après plusieurs cures d’antibiotiques. Ceci suggère bien sûr l’origine multifactorielle de la maladie.

Les médicaments tels que les AINS (anti-inflammatoires non stéroidiens), et en particulier l’aspirine, empêchent la fabrication de prostaglandines par la muqueuse gastrique. Elle n’est plus protégée. C’est une cause majeure d’ulcère, d’autant plus que la plupart sont proposés en automédication sans aucun garde-fou. Même à petite dose, l’aspirine utilisée comme anti-agrégant plaquettaire dans les maladies cardiovasculaires peut provoquer gastrites, ulcères et saignements chroniques. C’est pour cela qu’une protection gastrique est proposée systématiquement en cas de traitement au long cours.

Le stress pourrait être aussi responsable, mais il est difficile de le prouver, et il s’agit souvent d’un cumul de facteurs de risques, tabac, surmenage, mauvaise hygiène de vie…

Le tabagisme multiplie par deux le risque de développer un ulcère et aussi d’avoir un facteur de gravité, chronique, résistant aux traitements, et augmentant l’incidence de l’infection à l’Helicobacter pylori.

Souvent les raisons sont cumulées : sujet stressé, qui mange n’importe quoi sans rythme, qui fume ou boit des alcools forts et consomme sans précautions des médicaments pour oublier les douleurs occasionnées par sa vie de dingue….

 

Le diagnostic

Même si les symptômes sont évocateurs, ils ne suffisent pas pour le diagnostic. La vidéo-endoscopie permet de visualiser avec précision la muqueuse de l’estomac et du duodénum. L’ulcère apparaît comme une perte de substance à l’emporte-pièce avec un fond pâle fibrineux ou noirâtre nécrotique, plutôt en partie basse de l’estomac et dans le bulbe duodénal. L’examen confirme le diagnostic, et permet de rechercher la cause et les complications. En effet, le gastroentérologue procède à des séries de prélèvements et biopsies afin de dépister l’Helicobacter pylori et d’éliminer un diagnostic plus grave, le cancer gastrique à forme ulcéreuse.

Par ailleurs, il existe un test de dépistage respiratoire à l’urée marquée, réalisable en ville au laboratoire après avoir acheté le kit en pharmacie pour la détection de l’Helicobacter pylori, notamment utilisé pour confirmer son éradication après traitement.

 

Comment cela se soigne-t-il ?

Lorsque le bacille est présent, on le traite, diminuant ainsi le risque de récidive de cinquante  pour cent. Durant une semaine, le patient doit prendre deux antibiotiques suivant les contre-indications et un IPP (inhibiteur de la pompe à protons) à dose pleine. Ce dernier diminue la sécrétion d’acide chlorhydrique par la muqueuse. Il y a très peu ou pas d’effets secondaires. Les IPP (leurs noms en général finissent tous en « zole ») sont souvent poursuivis durant trois à sept semaines de plus, surtout s’il y a des traitements anti-inflammatoires, anticoagulants, des ulcères compliqués ou une persistance des douleurs. En cas d’échec, de persistance du microbe après deux protocoles successifs, on proposera de poursuivre les IPP au long cours.

 

Comment éviter de souffrir d’ulcère gastrique ?

N’utilisez les anti-inflammatoires que si c’est indispensable, en cures courtes, et en protégeant l’estomac si vous êtes fragile. Souvent, les anti-douleurs suffisent, et sont sans risque.

Arrêtez de fumer pour mille raisons !

N’abusez pas des glucides purs, confitures, sucre blanc, sodas, café sucré, qui augmentent le niveau d’acidité.

En cas de fragilité : vin blanc, bière, épices, alcools forts sont clairement aggravants !

Augmentez la ration d’aliments riches en fibres solubles : avoine, lin, légumineuses, noix, pommes, carottes…

Augmentez la ration de vitamine A : foie, carottes, crucifères, patates douces, épinards…

Augmentez la consommation de thé vert, ail, oignons, fruits et légumes colorés, fraises, myrtilles…

Consommez : coriandre, basilic, anis vert, fenouil, réglisse.

Une alimentation équilibrée peut limiter les douleurs et la récidive.